JOUR ZERO - LA DECOUVERTE
La mine décomposée de Brendon résumait son opinion vis-à-vis de l'énormité prononcée par Ryan.
-E..enceint ?!-Garçon ou fille ? Moi, du moment qu'il a tes yeux et mon sourire, je l'aimerais. Je l'aime déjà en fait. Et puis il faut prévenir tes parents ! Mon dieu je suis siiiii excité mon Brendonou. Et Jon ! Je ne lui ai pas encore dit, appelle-le, je veux lui dire face à face, qu'il vienne dans l'heure, bon sang Brendon, nous qui voulions tant un enfant, me voilà enc...D'un ton sec, le partenaire coupa Ryan de sa tirade remettant les choses à leur place.
-Pardon mais tu voulais un enfant. Pas moi.La réplique se perdit dans le nouveau monologue qu'entamait son petit ami, ignorant royalement son avis. Mais après tout, ça ne devait être qu'une blague. Mauvaise, comme toujours, mais une simple farce. Comment un homme pourrait-il tomber enceint ? Un transsexuel, sans doute, mais Ryan...
Un doute assaillit l'esprit de Brendon lors de sa dernière pensée. Ryan, efféminée certes, ce pourrait-il qu'il ait un passé... trouble ? Non. Impossible. La virilité de ce dernier le lavait de tous soupçons sur des supposés antécédents chirurgicaux sur son organe reproducteur. De ce côté-là, tout était authentique, il aurait pu le certifier.
Et la fougue avec laquelle Ryan s'exprimait sur son enfant lui donnait l'horrible envie de le gifler pour le replonger dans un sommeil forcé. Lui, enceint ? Evidemment, il lui parlait fréquemment d'adoption mais pour Brendon c'était clair : pas de morveux dans sa maison. Juste Ryan, lui, et du sexe.
-Je suis un vanis. L'air soudainement sérieux qu'adoptait à présent le futur père –ou mère, le mystère planait- choqua Brendon à la fois par ce sérieux et le mot qu'il venait d'inventer. Vanis ?
-Vagin, pénis ; Vanis. J'suis un homme. J'ai bien les attributs, et j'suis enceint. C'est pas bizarre, ça ?
-T'étais tellement absorbé par ton envie d'gosse que t'as même pas réalisé que la nature a pas donné d'utérus aux hommes, mais aux femmes.Cependant, il n'allait pas s'en plaindre, Ryan avait oublié pendant un laps de temps sa grossesse au profit de ses réflexions personnelles. Profondes, certes.
-Dans ce cas, mon cul vaut de l'or !-On peut l'faire fondre ? Non. Déjà il me manquerait trop, et le jour où tes magnifiques petites fesses nous rapporteront de l'argent –autrement que par la prostitution- préviens-moi...Le faible sourire sceptique de Ryan s'illumina lorsque son interlocuteur acheva sa phrase.
-Et puis, j'n'accepterais jamais de te partager.Les lèvres de Ryan emprisonnèrent celles de Brendon dans un des baisers langoureux dont lui seul avait le secret. Grisé, les mains de Brendon trouvèrent place sur les fesses de son petit ami, le soulevant avec anticipation pour mettre en pratique ses idées salaces, son appétit sexuel n'étant jamais assez assouvi.
-JON ! Faut appeler Jon !Emporté par son manque évident, Brendon ne releva pas la remarque de son partenaire et laissait son empreinte dentaire avec ardeur sur le torse imberbe de Ryan dont la chemise recouvrait à présent le sol.
-Téléphone, souffla l'homme enceint,
il me faut le téléphone...Ryan croisa ses jambes autour de la taille de Brendon tandis que celui-ci, en plus de poursuivre ses activités précédentes, les dirigeait vers le combiné en toute hâte. Ce ne fut qu'au bout de la cinquième sonnerie que Jon décrocha.
-A-allô ? -Ryanichou, c'est toi ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Un grognement de mécontentement s'échappa des lèvres expertes de Brendon lorsque Ryan le tapa affectueusement pour lui dire de cesser temporairement son exploration libertine.
-Jon, v-viens, on a une grande nouvelle à t'annonc.. HEY !
-T'es sûr que tout va bien ?Dans un souffle, Brendon raccrocha lui-même avec violence le téléphone, faisant rouler des yeux son amant. Tant pis. L'effet des lèvres charnues et rosées de Brendon qui connaissaient si bien ses points faibles contre sa chair tiède restait une sensation unique et terriblement excitante. L'anxiété croissante sur leur futur allait clore temporairement leurs rapports physiques. Et ce fut avec la peur de perdre l'autre au profit d'un embryon qu'ils se serraient, toujours plus fort, puisant leur plaisir personnel dans l'excitation de l'autre.
- - - - - - - - - - - - - - - - - - -
-Hiiiiiiiiiiiiiii ! J'vais être TATA ! Tonton Jon, ça sonne bien non ? Les deux hystériques entourant Brendon lui donnèrent la nausée. Un comble, pour un futur papa. Tant d'enthousiasme pour un parasite se développant dans le magnifique corps de son aimé et qui risquait de tout chambouler pendant sa croissance... Intolérable.
-Tu vas être papa, Brenny, PAPA !
-Mais bien sûr. D'ailleurs, tu t'es pas encore renseigné pour l'avortement, Ry.Ryan et Jon, visages déformés par le choc, le fusillèrent du regard avant de le toiser avec amertume, donnant à celui qui avait prononcé ces mots l'étrange sentiment d'être un parfait idiot. Comme s'ils allaient garder l'enfant...
-C..c-criminel...Les pleurnichements confus de Ryan donnèrent une touche de mélodrame à la scène. Ils étaient tous dans un état pitoyable.
-AVORTER ? SORS DE CETTE MAISON, SUPPOT DE SATAN !
-Jon. C'est chez moi ici.
-Monstre, tu fais pleurer Ryro en plus.
-Ow c'est pas moi le fécondé super-sensible, et encore moins celui qui se fait des lubies de gosses.
-Sors de là tu me dégoutes. Un claquement de porte énervé répondit à Jon.
Bien. S'ils voulaient de ce gosse, ils allaient devoir se débrouiller sans Brendon. Celui-ci apprendrait, le temps de la gestation, à venir fricoter ailleurs.
- - - - - - - - - - - - - - - - - - -
- Spencer Voyance, un entretien téléphonique qui vous veut du bien ; bonjour.
- J'ai besoin de vos conseils. Souffla une voix angoissée.
- En même temps, vendre des conseils (Cet appel vous sera facturé $1 la minute.), c'est le fondement de mon métier, répondit le fameux Spencer.
- J'ai besoin de me présenter ?
- Ce serait préférable, en effet, dit Spencer.
- Ha ! Vous devriez le savoir non ?
- L'identification de nos clients ne fait pas partie des critères de ce service.
- J'attends un bébé.
- Oh.
- Quoi, oh ?
- Malheur... malheur sur vous, s'abattre va... perte... larmes... deuil... chien ?
- Vous êtes fou !
- Non, juste possédé.
- Et vous en êtes conscient...
- Apparemment.
- Ah.
- Qu'attendez-vous de moi ?
- Des réponses.
- Et quelles sont les questions ?
- Cet enfant met-il en péril ma relation avec Brendon ?
- Qui est Brendon ?
- Le père de l'enfant, voyons !
- Et vous êtes ?
- Le père qui attend l'enfant.
- Oh. Logique.
- Vous n'avez pas répondu à ma question ?
- Mais alors vous êtes gay ?
- Vous avez quelque chose contre nous ?
- Non, je me renseigne. A titre personnel.
- C'est une proposition ?
- Ca devrait ?
- Pourquoi pas.Les deux interlocuteurs s'autorisèrent une brève pause après la confrontation de leurs cordes vocales.
- Soumis ?
- Jamais. Et de plus, c'est vous qui êtes enceint.
- Ca me rabaisse à la soumission ? s'exclama Ryan.
- Totalement.Nouvelle pause. Les deux hommes qui commencent à s'engager dans une filière du téléphone rose voient leurs lèvres s'étaler en un sourire commun.
- Mensurations ? Demanda Ryan.
- Brendan est d'accord pour aller plus loin ?
- C'est Brendon.
- C'est pareil.
- Il est sorti.
- Appelez-le.
- Je suis déjà au téléphone.
- Avec qui ?
- Vous !
- Ah. Oui.
- Vous êtes vraiment certifié voyant ? Parce que vous n'êtes pas fût-fût comme mec.
- C'est une insulte ?
- Ah, vous aimez ça ?
- Non.
- Vous devriez, monsieur le passif.
- Ca, c'est une insulte.
- Ca vous excite ?
- Ca me vexe.
- Oooh, vous devez être mignon, en colère.
- Sûrement pas.
- Oh, si !
- Sûrement pas, je vous dis !
- Mais bien sûr que si !...
- Bon. Je suis effectivement sexy, dans n'importe quelles conditions.
- C'est ce que je vous disais.
- Ce qui est déroutant chez moi, c'est que j'ai perdu les rares défauts que j'avais.
-...je n'irai pas jusque-là, tout de même.
- Vraiment, je suis réduit à animer ce service de voyance téléphonique et m'exciter avec des baleines de votre espèce, à seulement vingt-cinq ans, tout en incarnant l'idéal masculin.
- Dites, vous n'auriez pas pris un peu la grosse tête ?
- Grosse, ma tête ? Il n'y a pas que ça de bien fourni, chez moi.
- Vraiment ?
- Vraiment.
- Faux.
- Pardon ?
- C'est mon Brendon le mieux équipé de ce côté-là.
- Ah, le discours banal de l'amoureux transi...
- Ne dites pas n'importe quoi !
- Et Juliette s'éprit de Roméo. Quoique, Juliette est un Jules. Vous vous appelez Jules ?
- Non.
- Quelqu'un de votre famille, alors ?
- Vous êtes lourd.
- Et ce Brandon, il a du Roméo dans les veines ?
- Vous êtes fou.
- Vous l'avez déjà dit.
- Vous m'exaspérez.
- Mais pourtant vous me parlez toujours.
- C'est vrai. ...
- C'est quoi, en fait, l'objet de votre appel ?
- Ma grossesse.
- Et vous êtes un mec.
- Ouais....
- Vous avez fumé quoi avant de composer ce numéro ?
- Vous ne me croyez pas !
- J'en ai l'air ?
- Vous êtes tous les mêmes, de la racaille, des charlatans, des incapables, de la vermine !
- Elle va se calmer la dinde fourrée ?
- Répétez !
- DINDE FOURREE.
- Je vais raccrocher.
- Attendez d'avoir dépassé les $30 de communication, s'il vous plaît.
- ENFOIRE !La main énervée de Ryan raccrocha brutalement au nez du charlatan.
Jamais plus il n'irait se confier à un inconnu par téléphone !
...Il attendrait le mois prochain, pour s'excuser.